La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

mercredi, septembre 13, 2017

Disparitions



Chers absents (2017) d’Anne Teyssèdre (Editions Persée, 2017) 


Pour tous les cinéphiles, Anne Teyssèdre restera à jamais l’inoubliable héroïne de Conte de printemps de Rohmer. L’actrice avait disparu de la circulation (pour des raisons de santé, découvre-t-on en quatrième couverture de son livre) même si on a pu la revoir récemment devant la caméra de Gérard Courant (à la fois dans son Cinématon mais également dans la série Lire). C’est donc avec grand plaisir que nous la retrouvons dans la défroque de l’écrivain. Après des essais et des nouvelles, elle publie aujourd’hui Chers absents, un ouvrage regroupant deux récits liés par le même thème : la perte d’un être cher.
L’auteur n’en fait pas mystère, le deuxième récit évoquant la mort de son père est autobiographique tandis que le premier a sans doute également une coloration personnelle : la femme qui s’éteint en laissant quelques effets à ses trois nièces est probablement la tante d’Anne Teyssèdre qui évoque parfois ses deux sœurs. Si je prends soin de souligner cette dimension très intime, c’est parce que le lecteur, sachant cela, aurait pu redouter une œuvre totalement refermée sur elle-même et n’intéressant finalement que celle l’ayant écrite. Or très vite, on réalise qu’Anne Teyssèdre ne tombe pas dans ce piège et qu’elle parvient à donner à ces deux récits un caractère universel.
Pour cela, elle procède avec une minutie d’orfèvre, dépouillant ces deux drames de tout pathos mais également de toute psychologie. Pour évoquer la disparition de Madeleine à la suite d’une longue maladie, elle se focalise sur un ensemble de petits gestes effectués par Jean et procède comme un peintre impressionniste dessinant par petites touches le portrait de son personnage. A travers des réminiscences et des émotions retenues, Anne Teyssèdre parvient à trouver un bel équilibre entre le souvenir de l’être aimé et la déchirure provoquée par son absence.
La déchirure est d’autant plus violente qu’elle est provoquée dans le second récit par la disparition d’un père incarnant jusqu’alors tous les repères de la petite Anne. Là encore, on pourrait redouter le mélodrame et les épanchements lacrymaux. Mais l’écriture d’Anne Teyssèdre reste constamment tenue, digne et précise. Ce drame, elle le raconte avec une infinie délicatesse, nous faisant partager le point de vue d’une fillette qui voit soudainement tout son univers s’écrouler. Les sentiments qu’elle met en scène sont à la fois très personnels mais toucheront quiconque s’est trouvé confronté à la disparition d’un proche. La réussite de ce livre, c’est également de ne pas se contenter de décrire des sentiments et émotions attendus mais de montrer leur complexité. Dans le premier cas, la mort de Madeleine est aussi un soulagement pour Jean tandis que dans le second, la petite Anne se reproche parfois de profiter de la situation pour apitoyer son entourage et attirer la pitié. 
Mais ce que rend palpable avec beaucoup de force l’écrivain, c’est ce sentiment de vide et d’étouffement qui saisit lorsque nous sommes confrontés à la mort et à l’absence. Dans L’Amant d’un jour de Garrel, j’ai été frappé par la manière qu’a Esther Garrel de suffoquer au début du film lorsqu’elle se sépare de son amour. Rarement on aura aussi bien montré sur un écran ce sentiment d’étouffement qui vous étreint lorsqu’une histoire se brise. On retrouve dans Chers absents ce sentiment, cette sensation de vertige qui gagne lorsqu’on réalise qu’on ne pourra plus jamais serrer dans ses bras l’être aimé, lui parler et le voir.  
Le livre n’est cependant pas désespéré et se termine sur une note d’espoir lorsque la jeune femme redécouvre les photos de son père (celle qui orne la couverture de l’ouvrage). D’un côté, le temps permet de guérir partiellement les blessures, de l'autre, il n'arrivera jamais totalement à rogner ce qui a été et à atténuer la force du souvenir : 

« jamais la mort ne pourra nier ce qui a existé, jamais la mort ne pourra nier un instant vécu. Au-delà du monde où elle fut éprouvée, la chose vécue est à jamais vécue. »

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samedi, septembre 02, 2017

Lectures d'août 2017



41- La Petite robe noire (2017) de Jean Berteault (Editions Thierry Sajat, 2017) 

 Pour être tout à fait franc, je ne lis quasiment jamais de poésie. C’est un tort car je n’ai aucune prévention contre ce genre littéraire (il ne manquerait plus que ça !) et qu’il me fait du bien. Je dois donc confesser humblement que je ne sais rien de la poésie contemporaine si ce n’est les réflexions sarcastiques que j’ai pu lire chez la grande Annie Le Brun. Membre du « Club des ronchons », Jean Berteault s’est mis à la poésie sur le tard et a sorti de jolis recueils intitulés Nous n’irons pas à Barbizon et La Belle endormie. La Petite robe noire s’inscrit dans la même veine : une poésie sans inutile obscurité, d’une simplicité désarmante que d’aucuns pourront juger désuète. Pourtant, Berteault parvient à faire entendre une petite musique et sa mélancolie m’a touché. De quoi parlent ses poèmes ? D’amours impossibles ou envolées, de la peur de vieillir, de ne plus séduire, de disparaître… Il est aussi beaucoup question d’amitié et d’amours platoniques : le poète insistant souvent sur la différence d’âge et son impossibilité désormais à assouvir ses désirs. N’y voyons cependant pas là une complainte geignarde d’un homme âgé désormais exclu du jeu de la séduction : ses poèmes sont aussi emprunts d’un humour malicieux et piquant qui se plait à subvertir les règles imbéciles du jeu social…
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42- Gore et Violence (2017) sous la direction de Christophe Triollet (Editions LettMotif, 2017)


Un passionnant panorama des enjeux de la violence et des exactions sanglantes au cinéma dont j’ai déjàparlé ici.
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43- Cris et Suçotements (1979) de Nicolas Le Scanff (Editions du Bébé Noir, collection Plaisir, 1979) 

Un des premiers titres de la collection dont je reparlerai dans une autre publication…

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dimanche, juillet 30, 2017

Lectures de juillet 2017



Ce mois de juillet fut très calme au niveau lectures. La présente note sera donc remarquablement concise !

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38- Eloge du cocu (2017) d’Alain Paucard (Xenia, 2017) 


Alain Paucard est décidément un écrivain très prolifique. Après un essai consacré à Jean Gabin, son dernier opuscule est, comme son nom l’indique, une célébration du cocufiage. Prenant le contrepied de la tradition vaudevillesque qui a fait du cocu l’objet de tous les lazzis, Paucard estime qu’ « être cocu n’est pas forcément un malheur ni un ridicule ».
Le voilà donc parti pour une de ces démonstrations dont il a le secret, entre paradoxes croustillants (où l’on apprendra que par les vertus de la dialectique, le cocu et l’amant se rejoignent et se touchent « -quoique chastement- ») et verve jamais prise en défaut. S’appuyant sur des exemples venant du cinéma (Pagnol, Guitry…), du théâtre (qui, à part Paucard, cite encore aujourd’hui Flers et Caillavet ?) ou encore de la chansonnette, de l’excellent Georgius à l’indispensable Brassens qui est sans doute celui qui a le plus chanté le cocufiage, y compris celui de l’amant surprenant sa maîtresse au bras…de son mari !
« J’ai surpris ma maîtresse avec son mari, pouah !
D’autant que pour bien enfoncer la corne dans le cœur
La perfide à voix haute a dit à mon endroit
Le plus cornard des deux n’est pas celui qu’on croit. »
Après une première partie « théorique » où Paucard mêle ces références culturelles et quelques anecdotes personnelles piquantes, il nous régale ensuite d’une « typologie du cocu » allant du jaloux au fataliste en passant par l’aveugle et « celui qui s’en fout ». Enfin, dans une dernière partie plus pamphlétaire, Paucard se livre à une sorte de réflexion (avec la légèreté qui sied à ce genre d’essai) sur le « cocu citoyen », celui qui se fait toujours avoir par des dirigeants qui le trompent systématiquement : « L’Histoire de France est l’histoire des cocus, des grands cocus, des cocus magnifiques, mais des cocus. » Et Paucard de remonter jusqu’à Clovis pour montrer à quel point nous sommes toujours les dupés de l’histoire (et ce n’est pas les quelques millions d’électeurs à la dernière supercherie électorale qui me contrediront !). On réalisera d’ailleurs, si on n’en était pas encore convaincu, que le prétendu « réac » Paucard est un véritable anar individualiste et rigolard : «  Qui veut être cocu fait de la politique, met son ardeur militante au service de quelqu’un ou de quelque chose. »
Pour conclure, les mots choisis par l’éditeur en quatrième de couverture ne sont pas usurpés : cet ouvrage est allègre et roboratif. Nous ajouterons qu’il est malicieux et plein d’esprit. Une jolie réussite, donc…
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39- La Marque de la grenouille (1925) d’Edgar Wallace (Néo- Nouvelles Editions Oswald, 1986) 


Je vous parlerai du maître du thriller britannique à un autre moment, en d’autres lieux…
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40- La Fin des haricots (1967) de San Antonio (Fleuve Noir, 1967)


Là encore, il sera question de ce roman en d’autres lieux.

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