La cave du Dr Orlof

Notes en vrac

mardi, novembre 01, 2016

Lectures d'octobre



Peu de lectures en ce mois d’octobre car j’ai surtout dévoré des fanzines (il faudrait que j’en parle un jour) : Toutes les couleurs du bis, Darkness magazine et Médusa. J’ai quand même eu le temps de lire quatre romans
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54- Allers sans retour (2009) d’Alexandre Mathis. (E/dite, 2009) 


Maryan Lamour dans le béton était un très grand livre mais il était tellement dense, tellement épais qu’il en devenait parfois un peu indigeste. Avec Allers sans retour, Alexandre Mathis amorce le virage qui l’amènera à écrire ce petit chef-d’œuvre qu’est Les Fantômes de M.Bill. Pour le dire très schématiquement, l’auteur parvient avec ce « roman montage en deux volets » à mêler le fait divers et le mythe et à raconter une époque, son atmosphère à partir de l’infiniment petit. Dans une première partie, il s’intéresse au cas de Roger Verdière, un jeune homme de 18 ans qui, en 1938, assassine une sexagénaire pour pouvoir se rendre à Paris et aller au cinéma. Arrêté à la veille de la seconde guerre mondiale, il est condamné à mort puis gracié.
Dans la seconde partie, construite comme une enquête sur un fait divers datant de 1936, Mathis évoque la destinée d’Andrée Denis, une parisienne de 17 ans sans histoire que l’on retrouve noyée dans la Marne, à Meaux où elle n’avait aucune raison de se trouver. L’enquête conclut à un suicide mais les éléments que présente l’auteur sont beaucoup plus troublants…
L’intérêt du livre ne réside évidemment pas dans ces courts résumés. Le style lumineux et glacial de Mathis procède par collage, par associations, par rimes. Au récit à proprement parler, il mêle des coupures de presse, des informations « documentaires » (sur les salles de cinéma fréquentées par Roger Verdière : le prix des places, les films projetés… mais aussi sur le prix des cigarettes) et des éléments qui paraissent complètement extérieurs au récit, que ce soit des critiques littéraires sur le dernier ouvrage paru de Céline ou des considérations sur la météo (l’hiver 1938-1939 fut particulièrement rigoureux).
Ce qu’il pourrait y avoir d’anecdotique dans ces associations prend une ampleur ahurissante par la grâce de ce montage virtuose qui parvient à saisir quelque chose de l’inconscient d’une époque. Plus personne ne se souvient, à part Alexandre Mathis, des débats qui entourèrent la sortie de la chanson Sombre dimanche, la « chanson qui tue » en provoquant des épidémies de suicide. Toujours est-il qu’en exhumant des coupures de presse sur le sujet, il parvient à donner une profondeur et des résonances au parcours malheureux de la petite Andrée Denis.
De la même manière, la fascination de Roger Verdière pour le cinéma permet à l’auteur d’ausculter l’un des mythes de l’époque et la manière dont ces images ont pu également façonner un imaginaire. Cet imaginaire, c’est aussi bien Marlène Dietrich que Céline, le goût de l’évasion pour un public se rendant encore en masse dans les salles obscures et les menaces que l’on perçoit déjà face à un monde qui va sombrer dans les années à venir (l’antisémitisme qui suppure de certains articles).
Et puis il y a cette façon unique qu’à Mathis d’aborder la question du crime. Déjà, il évoque la figure de M.Bill, auteur d’un crime parfait mais qui se fera prendre en fanfaronnant. Chez Roger Verdière, c’est une sorte de sentiment de culpabilité qui préexistait au passage à l’acte, comme si cet aboutissement permettait enfin à ce jeune homme d’avoir une bonne raison de se sentir coupable. Ces eaux troubles de l’inconscient, on les retrouve dans une époque tourmentée par une sorte de culpabilité et vouée à se jeter la tête baissée dans les pires errements.
La grandeur de ces Allers sans retour, c’est aussi cette manière dont l’hyperréalisme pointilleux de l’auteur (qui va jusqu’à lister les boutiques des quartiers que fréquentait Verdière en notant les numéros de téléphone !) débouche sur une sorte de surréalisme, une fascination pour les « hasards objectifs » et pour des figures comme celle d’Andrée Denis qui évoque aussi bien l’Ophélie de Shakespeare que la Mary Rogers d’Edgar Poe.
C’est tout simplement magnifique.
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55- Ce Mexicain qui venait du Japon et me parlait de l’Auvergne (2016) de Jean-Claude Lalumière (Arthaud, 2016)

Cinquième roman de Jean-Claude Lalumière qui, depuis l’hilarant Le Front russe, est devenu l’un de mes auteurs fétiches d’aujourd’hui. Je retrouve toujours chez lui, avec le même bonheur, ce mélange de dérision qui ne rechigne pas devant le burlesque (je rêve qu’Antonin Peretjatko adapte au cinéma l’un de ses livres !) et de satire acide de notre modernité.
Une fois de plus, son héros Benjamin Lechevalier est un être solitaire et rêveur qui quitte son île d’Oléron natale avec plein de projets et de désirs dans la tête. Lorsqu’il est engagé comme « chargé de l’accroissement du rayonnement extérieur de la Cité de l’air du temps » (quel intitulé !), il pense qu’il va pouvoir voyager et découvrir le monde. Hélas, il va vite déchanter.
Ce Mexicain qui venait du Japon et me parlait de l’Auvergne est d’abord une satire d’une modernité qui se gonfle de formules creuses et de diaporamas construits avec des phrases débutant par des verbes à l’infinitif aussi vains que « dynamiser » ou « optimiser ». Le passage où notre brave Benjamin tente désespérément de découvrir ce que peut signifier l’acronyme B.I.T.E m’a fait pleurer de rire ! Peu à peu, notre héros parvient néanmoins à bouger : quelques sous-préfectures peu exotiques avant de plus lointains voyages qui prennent systématiquement la forme de colloques dans des lieux aseptisés et se ressemblant tous. Lalumière, avec beaucoup d’ironie, montre la manière dont notre monde s’est rétréci («La vision du monde n’a jamais été aussi réduite que depuis qu’elle a pris la hauteur d’une perche à selfie. ») mais également cette façon que nous avons de ne plus en découvrir que les aspects qui nous sont familiers avec les mêmes complexes commerciaux et hôteliers, les mêmes décors urbains :
« D’un pays à l’autre, les périphéries ne varient guère. Dans la laideur, les urbanistes se sont inventé un langage commun, international, un espéranto de l’aménagement que personne, hormis eux, ne pratique ni ne comprend. »
Aucune aigreur dans ce roman mais une vision amusée d’un monde où le tourisme mondialisé a succédé au voyage et à l’esprit de découverte. Ces aventures de VRP culturels un peu pathétiques sont à la fois très drôles mais Lalumière a aussi le sens du trait saillant, de la description incisive qui rend immédiatement vivant un personnage et haute en couleur les situations.
Le résultat est un régal qui mérite d’être découvert sans hésiter, ne serait-ce que pour cette petite pique contre Valérie Damidot :
« A croire qu’une décoratrice télévisuelle qui fait passer ses erreurs de jugement pour du bon goût, ruinant les intérieurs de millions de ménages crédules au profit des magasins de bricolage, a œuvré ici. »
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56- Sidérelle (1971) de Jean-Louis Vilier (Editions le Japyx, 1971)

 Pornographie antédiluvienne vaguement teintée de science-fiction. J’en parlerai en d’autres lieux.
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57- Ciné X (1978) de Pat Delbe (Edition et Publication Premières. Collection Eroscope, 1978)


Un fascinant témoignage dont il sera question en d’autres temps et autres lieux également…

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12 Comments:

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